• Chapitre XVII

    Chapitre XVII


      Cela faisait depuis de longues minutes que la camionnette roulait à travers la ville dévastée, les nombreux débris et carcasses de véhicule présent sur la route ne facilitaient pas la circulation, de plus le chauffeur roulait le plus lentement possible afin de limiter le bruit du moteur. Émilie était restée assise, muette, sur l’un des bancs de fortune qui avaient été mis en place à l’arrière du véhicule. Ses pensées ne cessaient de fuser de part et d’autre, la jeune fille se laissa faire n’arrivant pas à réfléchir. La seule fois où elle avait agi durant le trajet se fut pour saisir la main de Camille, les deux filles avaient ensuite échangé un baiser sous les regards surpris de Benoît et Steve qui leur faisaient face mais les deux hommes s’étaient abstenus de commenter la scène. Désormais Camille avait sa tête posée contre l’épaule d’Émilie tout en regardant dans le vide, telle une statue animée dont on aurait retiré les piles. Daniel et Maxime étaient l’un à côté de l’autre, derrière Camille et avaient fini par s’endormir tous les deux. Une dernière personne se trouvait dans le coin de la camionnette, assise de manière à pouvoir tourner le dos au reste du groupe, il s’agissait de Mehdi. Steve avait expliqué à Émilie et aux autres que se fut Jonathan qui était venu les prévenir dès qu’il avait aperçu la bande de Michael descendre la colline. Depuis qu’il avait appris la mort de Christophe, Jonathan avait disparu, il avait indiqué qu’il devait s’occuper de quelque chose et n’avait pas souhaité rejoindre le groupe à l’intérieur de la camionnette, il avait fait promettre à Benoît de prendre soin de Maxime tout en lui garantissant son retour prochain. Émilie observa son poignard poser sur le banc à côté d’elle, elle songea au fait d’avoir épargné Michael malgré ce qu’avait fait ce dernier, bien qu’elle jugeât avoir pris la bonne décision, elle ne pouvait s’empêcher de douter, mais elle finit par se dire que c’est ce que Christophe aurait voulu.

    Le trajet dura encore un long moment, Émilie avait fini par s’endormir contre l’épaule de Camille avant d’être réveillée par Steve qui lui indiqua d’une voix inquiète :
    « Émilie… on est arrivé, tu vas pouvoir descendre. »
    La jeune fille se réveilla en s’étirant, ses pensées mirent du temps à redevenir claire avant qu’elle ne se demandât ce qui pouvait bien l’attendre à l’extérieur. Avant qu’elle et Camille ne puissent descendre, Steve les retenu et leur conseilla dans un chuchotement :
    « Écoutez les filles, j’ignore ce qu’était ce baiser que vous avez échangé tout à l’heure mais…
    -On… sort ensemble »
    Émilie avait décidé d’être honnête envers Steve bien qu’elle redoutât sa réaction, s’apercevant de la crainte de sa cousine, Steve lui répondit avec le sourire :
    « Oh… eh ben, je suis très heureux pour vous, personnellement ça ne me gêne pas, mais pour votre sécurité, il vaudrait mieux que ça ne se sache pas ici.
    -Ici, pourquoi où sommes-nous ? »
    Émilie se rendit soudainement compte qu’elle n’avait pas songé à demander à Steve où ce dernier les emmenait, lorsqu’elle observa les lieux à l’extérieur de la cabine, un sentiment de peur, de dégoût et de haine se fit sentir dans son corps, elle se trouvait dans un camp de Résistant qui avait été installé dans un grand corps de ferme. Elle s’énerva et demanda à Steve :
    « Pourquoi nous as-tu amené ici ?
    -Pour que vous soyez en sécurité, qui sait si d’autre groupes de Survivaliste ne vont pas chercher à vous retrouver maintenant.
    -T’avais pas d’autre endroit pour ça ?
    -Malheureusement, non. C’est le meilleur endroit pour ça. Je sais que ça ne va pas être joyeux, mais en quoi ça t’embête autant d’être dans un camp pour quelques jours ? »
    Émilie préféra ne pas répondre bien que l’idée de rester ici quelques jours lui soit insupportable. Voyant qu’il n’obtiendrait aucune réponse, Steve descendit de la camionnette, Camilla observa Émilie et lui demanda inquiète :
    « Ça va aller mon cœur ?
    -Dès que je peux partir d’ici, je le fais. »
    Camille sembla approuver ses dires, ce qui soulagea un peu Émilie qui, malgré son envie, suivit sa copine à l’extérieur de la camionnette après avoir réussi à dissimuler son poignard dans sa poche arrière.

    À peine fut elle descendu du véhicule qu’Émilie aperçut un homme qui arrivait vers eux de manière rapide tout en hurlant :
    « J’espère que vous avez une bonne explication à tout cela ! »
    Émilie observa plus en détail l’homme qui criait dans leur direction, il semblait avoir la quarantaine voir plus, sous son képi se dévoiler un crâne dégarni tandis qu’une fine moustache brune ornée ses lèvres, ses vêtements, quant à eux, semblaient indiqués qu’il était le chef du camp. Émilie eut son jugement confirmé lorsqu’elle vit se redresser Steve, Mehdi ainsi qu’un troisième homme qu’elle n’avait pas vu jusque-là. Aux alentours, les autres soldats avaient également arrêté leurs activités pour se mettre au garde-à-vous, Émilie se força de ne pas rire bien qu’elle trouvât le comportement de ces hommes ridicule. Le chef hurla de nouveau :
    « Repos ! Maintenant, j’aimerais savoir de quel droit vous emmenez mes hommes et l’un de mes véhicules sans mon autorisation, soldat. »
    Steve semblait retenir sa colère, il répondit néanmoins d’un ton qui se voulait calme et poli :
    « Lieutenant, comme je vous l’ai indiqué, nous avons eu des informations signalant une attaque sur le camp qui s’occupait de la réserve de nourriture de…
    -Exact, souvenez-vous de ce que je vous ai dit suite à cela ? »
    Émilie observa son cousin, ce dernier serrait son poing si fort que son bras en tremblait, ses yeux semblaient humides sous l’effet de la colère néanmoins Steve resta calme bien qu’une certaine amertume se laissât entendre lorsqu’il rétorqua :
    « Que cela n’était pas une raison valable de courir un risque, Lieutenant. »
    L’homme eut un sourire satisfait presque sadique, Émilie fut scandalisée de savoir que cet homme aurait préféré ne pas agir et laisser des innocents mourir pour son propre bénéfice. L’homme finit par répondre d’une manière plus douce cette fois-ci mais plus inquiétante :
    « Et, pourtant, vous avez décidé d’agir soldat et de me désobéir, j’imagine que vous avez une excellente raison à cela… »
    Ce fut Mehdi qui prit la parole, visiblement tout aussi haineux que Steve :
    « Les zones vertes sont une ressource capitale pour le refuge et notre camp, lieutenant, il fallait agir. »
    Le lieutenant sembla fortement agacé de voir que Mehdi prenait la défense de son collègue, il se tourna vers lui et répliqua sèchement à ce dernier :
    « Je ne vous ai pas demandé votre avis le Blackos, de plus je ne crois pas que ce soit à mes soldats de prendre les décisions ici. »
    Mehdi préféra ne pas répondre, le lieutenant observa alors Émilie, il sembla l’analyser du regard, elle lui rendit un regard aussi mauvais qu’elle le pouvait. L’homme se redressa alors vers Steve et lui demanda :
    « Dites-moi, soldat, voyez-vous un panneau « refuge » à l’avant de ce camp ? »
    Steve avait une respiration et un souffle lourd, Émilie ne pouvait que le comprendre, ce dernier finit par déclarer :
    « Notre but est de protéger les innocents, c’est pourquoi je les ai amenés ici, Lieutenant.
    -Votre but, soldat, est d’obéir aux ordres et de gagner une guerre pas de faire dans le sentimentalisme. À moins qu’il ne faille que je révoque certaines de mes décisions… »
    Émilie ne comprit pas ce que voulait dire l’homme, mais cela avait jeté un froid à Steve qui n’osa pas répondre. Le lieutenant qui semblait satisfait ordonna à Steve et Mehdi :
    «Suivez-moi à mon bureau, soldats, nous allons discuter de ce qu’il convient de faire. Quant à vous reprenez vos tâches. »
    Le troisième homme s’en alla tandis que Steve et Mehdi suivirent leur chef, un des soldats interpella alors le lieutenant en lui demandant :
    « Que faisons-nous des civils lieutenants ? »
    De nouveau, le chef observa Émilie avec un léger sourire sadique
    -Puisqu’ils sont là, autant qu’ils se rendent utiles, faîtes les travaillez. »
    Émilie ne put se retenir de rétorquer :
    « Si vous le désirez, nous pouvons partir. »
    L’homme fut surpris de voir qu’on lui répond ainsi, mais il ajouta avec son sourire mauvais :
    « Oh non mademoiselle, votre beau-frère à raison, pour votre sécurité il vaut mieux que vous restiez ici, il vous est interdit de sortir. »
    Émilie fut stupéfaite de voir que le lieutenant savait qu’elle et Steve étaient de la même famille, elle ne sut pourquoi mais elle trouva que cela n’était pas une bonne nouvelle. Elle jeta un regard à Steve qui semblait inquiet et désolé, celui-ci finit par se retourner tandis qu’Émilie fut invitée à suivre l’un des soldats.

    Émilie et Camille avaient dû nettoyer le sol d’un dortoir à l’aide de vieux torchons troués ce qui n’avait pas facilité leur tâche, dès qu’elles n’étaient plus surveillées par le soldat qui les avait accompagnées, les deux filles en profitaient pour discuter entre elles. Camille, qui revenait d’avoir été rincée son torchon, chuchota à destination de sa copine :
    « Bon ok, dès qu’on le peut, on s’en va d’ici ! »
    Émilie fut agréablement surprise, cela faisait depuis les deux heures qu’elles étaient ici qu’Émilie tentait de convaincre sa chérie qu’il fallait s’enfuir de cet endroit, cette dernière avait réfuté l’idée jusqu’à maintenant. Émilie observa derrière elle pour s’assurer que le soldat n’était plus là avant d’indiquer :
    « De toute façon, je pense qu’ils vont nous jeter dehors après, ça serait étonnant qu’il nous garde juste pour faire le ménage, mais si c’est le cas, oui, il faudra que l’on se débrouille pour partir. »
    Une dizaine de minutes après cela, le soldat revint, il ordonna de manière stricte :
    « Arrêtez ce que vous faîtes et suivez-moi à l’extérieur ! »
    Émilie ne savait pas si elle était heureuse d’arrêter le nettoyage ou si elle était inquiète de ce qui allait se passer une fois dehors, mais elle préféra ne pas attirer la colère sur elle et se releva afin de sortir de la pièce, Camille la suivant de près.

    Une fois au-dehors, elle observa l’étrange scène qui continuait de lui paraître grotesque, tous les soldats étaient debout, bien droits, en une rangée parfaite tandis que le lieutenant faisait des allers-retours devant eux de manière impatiente. Émilie observa de plus près son cousin qui était au milieu du rang, bien qu’il se tînt aussi droit que les autres ses yeux observaient le sol avec une intense rage. Sans qu’elle sache exactement pourquoi, Émilie sut à travers ce comportement que ce qui allait se passer ne lui plairait pas. Benoît, Maxime et Daniel se trouvaient également dans le rang bien qu’ils ne sussent ce qu’ils faisaient là, les deux filles furent invitées à les rejoindre. Une fois que ce fut fait, le lieutenant se tourna vers ses hommes et annonça d’une voix forte :
    « J’ai bien réfléchi à l’attaque qu’a subie le camp de nos invités et il est hors de question que cela reste sans retour ! »
    Émilie ne comprise pas la réaction du lieutenant, plus tôt dans la journée, il semblait ne pas se soucier du sort qu’avait subi le camp alors que désormais il semblait prêt à contre-attaquer, la jeune fille redoubla de méfiance. Le lieutenant continua son discours de manière assuré :
    « C’est pourquoi j’ai pris l’initiative d’envoyer nos nouveaux venus en mission d’infiltration dans un camp de Survivaliste.
    -QUOI ! »
    Émilie et ses amis avaient répondu à l’unisson sous la surprise, la jeune fille observa la réaction du lieutenant, son sourire mauvais laissait apparaître sa satisfaction suite à cette réaction tandis que Steve serrait de nouveau le poing. Émilie savait qu’agir ainsi, c’était les condamnés à mort, mais visiblement le lieutenant ne semblait ne pas se soucier de cela. Il reprit de plus belle :
    « Nous allons vous préparer pour cette expédition, vous partirez à l’aube demain matin. C’est un honneur pour vous de servir notre cause, soyez-en certains. Messieurs, que l’on prépare…
    -Et si nous refusons de participer à votre mission ? Nous ne faisons pas partis de vos soldats, nous sommes en droit de refuser ! »
    Benoît s’était avancé tout en protestant la décision du lieutenant, cela avait suscité plusieurs réactions de surprise chez les soldats qui se trouvaient non loin de lui, visiblement il n’était pas habituel de discuter les ordres que donner le lieutenant. Ce dernier s’avança en direction de Benoît bien que son regard se fût tourné vers Émilie, il semblait d’ailleurs contrarié que ce ne soit pas elle qui avait répondu, néanmoins il garda un ton calme lorsqu’il indiqua :
    « Vous avez tout à fait raison jeune homme, vous ne faites pas partis de mes soldats et vous êtes présent ici sans mon autorisation, par conséquent, il serait tout à fait dans mes droits de vous considérer comme un intrus de vous faire abattre tout de suite. Si c’est la solution que vous préférez, libre à vous de la choisir. »
    Benoît ne répondit pas et se contenta de lancer un regard noir au lieutenant, l’homme recula tout en jetant un regard à Steve, il indiqua d’un coup :
    « Je vous accompagnerai jusqu’à destination afin de m’assurer que votre trajet se passe sans encombre. Messieurs, je compte sur vous pour leur trouver un endroit où dormir, repos ! »
    Émilie se doutait que si le lieutenant souhaité les accompagner, c’était surtout pour s’assurer qu’elle et ses amis n’en profiteraient pas pour s’en aller, elle observa l’homme qui s’en allait jusqu’à son office, la jeune fille ne se serait jamais cru capable de haïr autant quelqu’un en si peu de temps. Elle s’approcha de Steve, il l’observa et murmura tristement :
    « Je suis désolé. »
    Émilie aurait voulu lui parler plus que cela, lui dire qu’elle ne lui en voulait pas, mais il s’en alla rapidement comme s’il cherche à l’éviter. Elle retrouva alors Camille et Benoît et les deux jeunes garçons qui étaient partis dans un coin tranquille afin de discuter entre eux, lorsqu’elle arriva près d’eux, ils se retournèrent vers elle et Camille lui demanda :
    « Qu’allons-nous faire ? »
    Émilie essaya de réfléchir, mais trop de questions se bousculaient dans sa tête et aucune idée ne lui vint, elle répondit sobrement :
    « On ne peut que prier… »

    La nuit fut difficile, ils avaient été emmenés dans une vieille réserve de foin et on leur avait de vieilles couettes crasseuses pour dormir. Malgré l’odeur infecte et l’inconfort que procuraient leurs lits de fortune, ce qui empêchait principalement Émilie de s’endormir était la peur. Elle tentait désespérément de trouver un moyen de se sortir de là, elle avait songé à s’enfuir, mais les lumières extérieures indiquaient que l’endroit était bien gardé, de plus elle n’osait imaginer les ennuis que cela causerait à son cousin. S’enfuir durant l’expédition était tout aussi risqué, Émilie n’avait aucun doute sur le fait que le lieutenant n’hésiterait pas à lui tirer dessus si elle tentait de partir durant le trajet. Son seul espoir, bien que très faible, était qu’une fois arrivé au camp des Survivalistes, la ruse marche et qu’elle et ses amis soient intégrés parmi les membres du clan, à ce moment peut-être aurait-elle plus de chance de s’enfuir. Tandis qu’elle réfléchissait, elle observa les autres, les deux plus jeunes garçons s’étaient endormis, Benoit lui tournaient le dos, mais au bruit de sa respiration Émilie devina qu’il était encore réveillé, quant à Camille, elle observait le plafond, ses yeux humides révélant qu’elle avait pleuré peu de temps auparavant. Émilie lui attrapa la main, Camille tourna sa tête vers elle, Émilie du se retenir de pleurer à son tour, les deux filles se rapprochèrent pour se serrer l’une l’autre dans les bras. Émilie finit par s’endormir dans les bras de sa bien-aimée, cela rendit la nuit plus douce qu’elle ne l’aurait envisagé bien qu’elle avait peur qu’il ne s’agisse de la dernière.

    Le lendemain matin, le groupe fut réveillé de bonne heure, le ciel était encore sombre et il faisait extrêmement froid, le sol était gelé et l’air fraichement humide. À peine furent-ils sortis de la réserve que le lieutenant s’approcha d’eux tout en leur indiquant de manière assurée :
    « J’espère que vous êtes en forme, une longue marche nous attend, vous serez escorté de quatre hommes ainsi que moi-même. Je tiens à veiller personnellement que cette mission se passe sans encombre. »
    Émilie s’étira un grand coup, elle avait l’impression d’avoir passé sa nuit sur des cailloux tellement sa nuque et son dos lui faisait mal, elle n’eut le temps de s’étirer davantage qu’un soldat la poussa afin qu’elle rejoigne le groupe. Émilie fut placée entre Camille et un jeune soldat aux cheveux bruns courts dont elle ignorait le nom, tandis que Camille se trouvait au côté du lieutenant, devant eux, Daniel et Maxime était également entouré de deux soldats, l’un fort musclé et l’autre un peu plus rondouillard, Émilie jeta un rapide regard derrière et s’aperçut que Steve et Benoit fermaient la marche. Son cousin avançait en observant le sol ou l’horizon, le désespoir et la rancœur pouvant se lire sur son visage. Le groupe avançait selon les ordres que donnait le lieutenant, cela faisait déjà près d’une heure que tous marchaient en silence en traversant plusieurs pâturages, Émilie ne cessait de se demander où ils allaient en voyant que le groupe s’éloignait de la ville, cela l’aurait réjoui si elle ne risquait pas de mourir dans les heures qui s’approchaient. La jeune fille était tellement perdue dans ses pensées qu’elle sursauta lorsque le soldat à ses côtés demanda d’un coup :
    « Mon Lieutenant, loin de moi de remettre votre décision en question mais envoyer des enfants pour une telle mission n’est-il pas immoral ? »
    Le lieutenant continua de marcher et de regarder droit devant lui lorsqu’il répondit d’un ton calme :
    « Dites-moi, soldat Matthieu, depuis quand la guerre a une quelconque morale ?
    -Ce n’est pas ce que je voulais…
    -Oui j’ai bien compris ce que vous vouliez dire. Dites-moi, pensez-vous qu’on puisse encore parler d’enfance ou d’enfants de nos jours, je suis persuadé car leurs âges, ils savent déjà utiliser un fusil et se battre bien que ce ne soient pas soldats et c’est là tout leur potentiel. Car voyez-vous un soldat possède un comportement et des habitudes qui se remarquent rapidement et qui le trahiront facilement, tandis que les chances que l’on soupçonne ces enfants sont bien moins importantes et en cas de problème ils autant de chance de s’en sortir que n’importe quel soldat. Cette décision est bien plus réfléchie que vous ne le pensez Soldat, alors maintenant je vous saurai gré de garder vos réflexions pour vous. »
    Émilie eut du mal à se l’admettre, mais le discours du lieutenant semblait honnête et sensé, elle se surprit même à penser qu'elle pourrait survivre face aux survivalistes. La jeune fille se retourna légèrement afin d’observer son cousin, il semblait avoir écouté la réponse du lieutenant, mais son humeur n’avait pas changé.

    Après près d’une demi-journée de marche, le groupe se retrouvait désormais au milieu d’une forêt, Émilie n’avait pas cessé de se demander où ils se dirigeaient. Le lieutenant ordonna à ce que tous fassent une pause avant de s’éloigner, Émilie et Camille rejoignirent Benoît qui s’était assis contre un arbre. Le dénommé Matthieu s’approcha alors d’eux afin de leur offrir sa gourde pour qu’ils puissent boire, lorsque Émilie le remercia, elle crut voir un clin d’œil de sa part mais n’en fut pas sûre, elle ne s’en interrogea pas plus que cela lorsque Camille demanda dans un murmure :
    « Où vous pensez que nous allons ?
    -Je n’en ai aucune idée, mais j’ai pas hâte de le savoir… »
    Bien qu’Émilie compris la réponse de Benoît, elle ajouta :
    « Il est possible qu’on y survive, je pense. »
    Benoît releva la tête pour observer Émilie avant de déclarer :
    « J’aimerais avoir ton espoir, mais je n’y crois aucunement. »
    Camille sembla approuver les dires de Benoît, Émilie préféra ne rien ajouter, elle chercha Steve du regard. Le jeune homme se tenait debout contre un arbre, il observait tantôt le sol tantôt le ciel comme s’il espérait que quelque chose arriverait. Il n’était pas seul à avoir un comportement étrange, le dénommée Matthieu guettait l’horizon de tous les côtés tout en restant assis à côté du feu qui venait d’être allumé. Émilie qui continuait d’observer le jeune homme le vit prendre un truc dans sa poche avant de le jeter dans le feu, durant quelques secondes la fumée devint rouge pour redevenir blanche par la suite, Émilie avait donné un coup de coude aux autres afin qu’ils puissent voir ce qui se passait. Le jeune soldat s’aperçut qu’Émilie et ses amis l’observaient, il se releva et s’approcha d’elle rapidement, la jeune fille se prépara à sortir son poignard au moindre risque, mais le jeune soldat s’accroupit à son niveau et retint son bras tout en lui indiquant :
    « Garde ton arme cachée et reste assise, tout se passera bien, ne t’en fais pas. »
    Émilie n’eut pas le temps de demander quoi que ce soit qu’il retourna s’asseoir près du feu. La jeune fille observa les autres soldats, ils étaient tous occupés de surveiller les alentours. Benoît demanda dans un chuchotement inquiet :
    « Qu’est-ce qui ce passe ? »
    Émilie qui se posait la question jugea que cela n’annonçait rien de bon, il paraissait évident que Matthieu venait de donner un signal, il restait désormais à savoir qui sont les destinataires. Matthieu qui était resté silencieux demanda alors :
    « Steve, pourrais-tu m’aider avec le feu plutôt que rêvasser ? »
    Steve releva soudainement la tête, il semblait prêt à mettre un grand coup de poing à Matthieu lorsqu’il s’approcha de lui, mais ce dernier murmura quelque chose qu’Émilie n’entendit pas, en revanche elle vit la réaction de surprise de Steve qui s’assit immédiatement suite à cela. Quelques minutes après cet étrange spectacle, le lieutenant revint tout en ordonnant :
    « Préparez-vous, nous allons pouvoir repart… »
    Un bruit de fusil venant des profondeurs de la forêt l’avait empêché de finir sa phrase, le soldat rondouillard tomba à terre, la tête ensanglantée. Ils furent plusieurs à crier de surprise, le lieutenant se mit rapidement à couvert tandis qu’un second tir venant d’un autre coin de la forêt se fit entendre, cette fois-ci se fut le soldat musclé qui s’effondra en se tenant le ventre tandis qu’il perdait son sang. Le lieutenant qui se tenait dos contre à arbre hurla de rage :
    « Bordel que se passe-t-il ? »
    Matthieu qui s’était relevé, prit son fusil en main et visa le lieutenant, celui-ci eut à peine le temps de s’en apercevoir qu’une partie de sa tête explosa avec le tir. Matthieu siffla un grand coup avant de déclarer au reste du groupe avec le sourire :
    « Ne vous en faites pas, vous êtes en sécurité maintenant »

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