• Chapitre XIV

    Chapitre XIV


    Les pensées d’Émilie s’entrechoquaient entre elles cherchant à déterminer, si oui, ou non Tom était celui qui voler des légumes, cela lui semblait absurde, mais dans ce cas que faisait ce dernier avec une pelle dans ses mains. Elle observa plus attentivement les alentours, elle fit cela en quelques secondes bien qu’elle ait eu l’impression de s’attarder sur chaque détail durant de longues minutes. Elle remarqua alors une forme sombre sur le sol qu’elle n’avait pas remarqué jusque-là, elle était dans l’obscurité, à un ou deux mètres derrière Tom, la jeune fille observa de nouveau le sang dont était couvert ce dernier et cru comprendre. Elle s’avança alors tout en remettant son fusil en bandoulière, elle alluma ensuite sa lampe torche qui révéla le corps inanimé d’un garçon d’une dizaine d’années, il avait le visage ensanglanté et abîmé à plusieurs endroits, Émilie demanda effrayée :
    « Tom qu’as-tu fait ? »
    Elle s’agenouilla près du corps de l’enfant essayant de déterminer si celui-ci était encore en vie ou non. Tom n’avait encore rien dit depuis que les filles l’avaient découvert, il s’était contenté d’observer le sol afin de ne pas faire face aux deux filles, cependant lorsqu’il entendit la question d’Émilie, il posa la pelle à terre et se retourna vers la jeune fille tandis que Camille continuait de les éclairer. Émilie continua d’observer le visage mutilé du jeune garçon, de toute évidence il était mort dû à ses multiples blessures, Tom s’agenouilla à côté d’Émilie et lui avoua d’un ton faible :
    « Émilie, il faut que tu compre…
    -Tu as tué ce garçon. »
    La jeune fille avait stoppé sèchement l’adolescent dans ses explications, elle n’en voulait pas, elle ne voulait pas entendre de justification face à un meurtre aussi horrible. Camille intervenue et indiqua d’une voix inquiète comme si elle redoutait la réaction de sa copine :
    « Peut-être qu’il s’est juste défendu… »
    Émilie observa le visage de Camille qui semblait au bord des larmes, bien qu’elle ne désirât pas s’énerver contre elle, Émilie ne put s’empêcher de répondre froidement :
    « Ce garçon n’est pas armé alors que Tom oui, il ne s’est pas contenté de le tuer, il s’est acharné dessus, regarde l’état de son visage ! Comment as-tu… »
    Émilie n’arrivait même pas à finir sa phrase, une telle violence lui était inconcevable. Tom s’était relevé et se tourna vers Camille, il confessa :
    « Elle a raison, ce n’était pas pour me défendre, mais pour me venger. »
    Émilie qui continuait d’observer l’enfant avec rancœur répliqua furieusement :
    « Te venger ? Ce n’est plus de la vengeance là, c’est de la boucherie !
    -C’est un survivaliste ! C’est lui qui a tué ma mère ! »
    Tom s’était mis à crier de rage, il semblait tout aussi furieux qu’Émilie. Il questionna :
    « Qu’aurais-tu fait à ma place ? Tu l’aurais laissé repartir, risquant qu’il tue d’autres personnes ?
    -Je l’aurai arrêté, mais sûrement pas en m’acharnant comme tu la fais ?
    -Tu es sûr ? Comment aurais-tu agis s’il avait tué ta sœur ? Ou même ton frère ?
    -je t’interdis de parler de mon frère ! »
    Sans qu’elle s’en soit rendu compte, Émilie s’était relevée et avait sorti son poignard de sa poche prête à le planter dans le ventre de Jordan. En quelques mots, il avait fait ressurgir toute la haine que lui avait procuré la guerre, la haine d’avoir perdu son frère, la haine d’avoir été agressée, celle d’avoir appris la torture de sa sœur, celle d’avoir failli mourir, toute cette colère venait de ressurgir en elle tandis que sa main serrer son poignard avec une force qui dépassait ses pensées. Tom se trouvait des excuses pour justifier son comportement mais avait-il connu toute la souffrance qu’elle avait endurée depuis tout ce temps et il osait encore lui reprochée tout cela. Elle n’avait qu’une idée en tête, c’était de frapper le jeune homme, le frappé et le frappé encore, qu’il souffre comme elle avait pu souffrir par le passé, elle serrait de plus en plus son poignard, sentant sa main qui tremblait. Tom semblait satisfait de ce qu’il avait provoqué, il expliqua avec un sourire narquois bien qu’un peu effrayé dans le ton de sa voix :
    « Tu vois, tu es comme moi, dès que l’on touche une corde sensible, tu perds tes moyens, prête à bondir et à faire payer le responsable. »
    Émilie n’entendait plus, peu importe ce que disait Tom, elle était décidée à l’attaquer afin qu’il comprenne et paye pour ce qu’il avait…
    « Émilie ! »
    Le cri de détresse de Camille était parvenu jusqu’à la jeune fille qui observa celle qu’elle aimait verser des larmes. Toute la colère qu’elle avait en elle venait de disparaître de manière soudaine en voyant les larmes de sa copine. Émilie repensa alors au bon moment qu’elle avait passé avec Camille mais pas seulement, elle repensa également aux instants de joie qu’elle avait eu avec Benoît, ceux avec Daniel et enfin les moments qu’elle avait eus avec sa famille quand Jordan était encore parmi eux. Tous ces bons souvenirs lui donnèrent un sentiment de légèreté qui s’évapora vite lorsque la réalité la rattrapa brusquement. Émilie se rendit compte de ce qu’elle s’était apprêté à faire, elle observa sa main qui tenait toujours son poignard bien qu’elle ait relâché le poing, elle le remit à sa ceinture et alla serrer Camille dans ses bras. Il n’y avait pas besoin de mot, Camille comprit que la fille qu’elle aimait était redevenue elle-même, Émilie essuya les larmes du visage de la brunette et l’embrassa tendrement comme pour la remercier d’être là. La vision du baiser et de l’amour que partageaient les deux filles sembla impactée Tom qui reprit également conscience des choses, il s’agenouilla près du corps de l’enfant mort et des larmes coulèrent sur son visage. Steve et les autres arrivèrent quelques secondes après, probablement alertés par le cri qu’avait poussé Camille, Steve remarqua les deux filles main dans la main qui observaient Tom, ce dernier pleurant silencieusement près du corps mutilé du garçon, le jeune homme se contenta de fixer la scène sans oser troubler le lourd silence qui s’était installé autour d’eux.

    Tom fut mis en isolation dans la petite cabane aménagée tandis qu’Émilie et Camille furent invitée à aller raconter ce qui s’était passé à Christophe qui avait été alerté de la situation. Steve accompagna les deux filles jusqu’à la cafétéria, Émilie fut ravie que Steve ne l’avait pas interrogé sur ce qui s’était passé, ses idées n’étaient pas encore claires et elle n’avait aucunement envie de s’expliquer pour le moment. Elle et Camille ne se tenaient plus la main bien que marchant l’une à côté de l’autre, Émilie venait tout juste de s’en rendre compte et elle ne savait pas depuis combien de temps c’était le cas. Camille quant à elle avançait en silence, la tête baissée en observant le sol, de temps à autre Émilie l’entendait renifler. Elle jeta un regard du coin de l’œil à sa copine, celle-ci ne pleurait plus, mais avait encore les yeux humides. Jonathan vint les intercepter et indiqua en direction de Steve :
    « Moi et Christophe, on va aller vérifier les environs avant qu’il aille aller voir les filles à la cafétéria, mais tu peux déjà les y amener. Par contre, je vais récupérer les fusils avant. »
    Il tendit sa main, Émilie observa le visage de Jonathan, il le remarqua et lui rendit son regard. Pour une fois, la jeune fille ne ressentait pas l’agression qu’avait l’habitude d’avoir le jeune homme envers elle bien qu’il fronçât les sourcils, il semblait plus l’inspecter de manière inquiète comme pour voir si elle avait été blessée ou non. Émilie lui tendit le fusil et elle eut l’impression que le jeune homme avait légèrement hoché la tête comme pour la remercier mais elle n’en était pas sûre. Camille n’avait pas tout de suite réagi lorsque Jonathan tendit sa main devant elle, Émilie imagina qu’elle devait être encore occupée de réfléchir sur ce qui s’était passé ou sur le comportement d’Émilie, ce que cette dernière craignît. Tandis que Jonathan s’éloignant et qu’ils reprirent tous trois la marche, Émilie redouta le moment où elle devrait s’expliquer avec Camille sur son comportement de cette nuit. Ils arrivèrent à la cafétéria et Steve entra avec les filles, il se tourna vers Émilie et lui demanda :
    « Tu veux que je reste en attendant ? »
    La jeune fille observa sa copine, bien qu’elle fût effrayée à l’idée d’être seule à seule avec elle, elle ne put s’empêcher de se dire que ce serait mieux que cela arrive le plus tôt possible. Elle indiqua donc, d’un signe de tête à Steve, que ce n’était pas nécessaire, ce dernier commenta d’un ton inquiet :
    « Ne t’en fais pas, ça va aller, dis simplement ce que tu as vu et ce qui s’est passé, de toute façon tu n’as rien à craindre. »
    Émilie ne le trouva pas convaincant et elle remarqua que ce dernier semblait avoir le même jugement, il ressortit néanmoins sans chercher à faire mieux. Émilie observa Camille qui paraissait toujours aussi absente, elle ne bougeait pas, se contentant de respirer en observant le sol puis elle sembla se rendre compte que Steve n’était plus là et elle releva la tête. La jeune ado observa les environs comme si elle prenait à peine conscience de se retrouver dans la cafétéria puis sans dire un mot et sans même jeter un regard vers Émilie, elle se dirigea vers une table, s’y assit et posa sa tête sur ses bras comme si elle s’apprêtait à s’endormir. Émilie observa Camille qui lui tournait le dos avec le cœur serré, elle aurait souhaité que cela se passe mieux, elle inspira un grand coup comme pour descendre la boule qu’elle avait en travers de la gorge puis alla s’asseoir à la droite de sa copine. Alors qu’elle allait s’asseoir, Camille tourna sa tête de l’autre côté, Émilie ignora si c’était de la malchance ou si Camille l’avait fait exprès. Elle resta assise durant de longue minute en silence, au point qu’elle pensa que Camille s’était endormie, mais au son de sa respiration, elle comprit que ce n’était pas le cas. Émilie aurait préféré que ce soit Camille qui aborde le sujet de sa réaction de cette nuit mais ne pouvant plus supporter ce silence lourd, elle demanda presque en pleurant :
    « S’il te plaît, dis quelque chose, crie-moi dessus, râle s’il le faut, mais parle-moi ! »
    Camille redressa la tête et observa Émilie, les yeux rouges bien que moins humides qu’avant. Il y avait de la pitié dans son regard ainsi que de la peine mais elle semblait ne pas savoir quoi répondre. Après plusieurs minutes de réflexion durant lesquelles elle observât Émilie comme pour s’assurer qu’elle était réelle, elle finit par demander :
    « Dis-moi juste que même sans mon intervention, tu n’aurais pas tué Tom »
    Elle avait prononcé ces mots comme si elle suppliait Émilie de lui redonner goût à la vie. La jeune fille ne chercha que quelques secondes comment formuler sa réponse avant de déclarer :
    « Je peux te promettre que je ne l’aurais pas tué quand bien même tu ne serais pas intervenu, quand bien même tu n’aurais pas été là. En revanche, je suis obligé d’avouer que je l’aurais sans doute frappé une ou deux fois avant de retrouver mes esprits, j’en suis navrée…
    -Tu te rends compte de ce que tu dis Émilie ?! Le frapper une ou deux fois ? Avec un couteau ? »
    Émilie n’eut pas le temps de répondre que Camille ajouta :
    « Je ne sais pas tout ce que tu as traversé mais savoir que tu es prête à attaquer quelqu’un qui est censé être ton ami juste parce qu’il t’a… énervé… »
    Elle avait levé les mains en l’air comme pour prier le ciel de lui donner le courage de ne pas s’évanouir, puis elle fixa ses mains. Émilie se força de garder un ton calme en s’expliquant :
    « Je ne peux que m’excuser et avouer d’avoir perdu le contrôle de moi-même durant ce moment, mais ce n’était plus un ami qui était face à nous, c’était un tueur, as-tu vu ce qu’il a fait à ce pauvre garçon ?
    -Oui, j’ai vu Émilie, je l’ai vu. Mais ta réaction…
    -N’était pas la meilleure à avoir, je suis d’accord. Je m’en excuse, je ne peux que m’en excuser Camille, désolé d’avoir craqué. »
    Émilie ignora si elle avait réussi à faire comprendre à sa copine à quel point, elle-même s’en voulait, mais elle se sentait malgré cela soulagé d’avoir pu s’expliquer. Camille finit par attraper la main d’Émilie et indiqua de manière soulagée :
    « Au moins, on a évité le pire. »
    Émilie sentit une chaleur agréable montée en elle, elle avait envie d’embrasser sa copine, mais se demanda s’il n’était pas trop tôt pour le faire, Camille qui semblait avoir eu la même idée ne se posa pas cette question et un baiser fut partagé entre les deux filles.

    Bien qu’au début elle se sentit soulagée, au fur à mesure que les minutes défilaient, Émilie se sentit de nouveau anxieuse. Elle avait beau se dire qu’elle n’avait rien à craindre, une partie d’elle resta effrayée de ne pas savoir comment réagirait Christophe s’il apprenait qu’elle avait craquée. Le silence régnait de nouveau dans la pièce, les deux filles avaient discutées de l’intervention de Christophe mais cela étant leur principal sujet de conversation, il avait été rapidement épuisé. Cependant, Camille avait expliqué que c’était la première fois qu’elle assistait à une telle chose, ce qui avait eu pour effet d’angoisser davantage Émilie. Lorsque la porte s’ouvrit enfin, elle sentit son cœur se serrer dans sa poitrine tandis que Christophe entra sereinement dans la cafétéria, avec un thermostat et des gobelets dans les mains. Il posa le tout sur la table des deux filles avant d’expliquer :
    « Steve a fait venir quelques autres soldats pour nous aider à fouiller les environs et ils ont offert un peu de café, du coup si vous en voulez un verre, n’hésitez pas, en revanche il sera noir et sans sucre. »
    Il avait parlé d’une voix calme bien qu’un peu de fatigue se fît sentir, il s’assit face aux deux filles tout en se servant un fond de la boisson chaude. Émilie hésita quelques secondes et se décida finalement à demander un peu de café, se disant que cela pourrait peut-être lui faire du bien. Christophe lui tendit un gobelet et le thermostat l’invitant à se servir par elle-même, la jeune fille remplit son verre jusqu’à la moitié et remit la boisson au milieu de la table. Christophe observa Camille qui semblait fixer le thermostat, puis il vida son verre d’un coup ne cherchant pas à s’interroger plus que ça. Émilie l’imita, immédiatement elle ressentit le goût amer et puissant de la boisson avant que la chaleur de celle-ci dénouât quelque peu sa gorge, elle toussota un peu, ce n’était pas très bon, mais cela lui avait procuré une sensation de bien-être et elle se sentait un peu moins tendue. Christophe qui se servit un deuxième fond de café indiqua alors, toujours aussi calme :
    « Désolé de vous avoir fait attendre et de vous faire subir ce genre d’interrogatoire mais vu que vous êtes celles qui ont trouvé le corps, j’aimerais savoir ce qui s’est passé.  Ne vous inquiétez pas, cela restera entre nous et quoi que vous me disiez, je ne ferai aucun mal ni à vous ni à Tom, je veux juste comprendre ce qui a eu lieu. Après je vous laisserai tranquille, je pense qu’une bonne nuit de sommeil vous fera du bien… Bref dès que vous êtes prêtes à parler, je vous écoute. »
    Il vida son verre puis attendit tranquillement qu’une des deux filles se mette à parler, Émilie observa Camille, qui l’observait en retour. Émilie comprit que sa copine souhaitait que ce soit elle qui prenne la parole, du coup Émilie se lança :
    « Moi et Camille, lorsqu’on s’est croisé, on a discuté un peu avant d’entendre des bruits étranges un peu au loin dans l’obscurité… »
    Émilie raconta ainsi qu’elle et Camille avaient découvert Tom, pensant d’abord que c’était lui qui avait volé des légumes, puis qu’Émilie avait découvert le corps du garçon. Christophe se contentant d’écouter, hochant simplement la tête à quelques reprises tandis qu’Émilie essayait de rassembler ses souvenirs avant d’expliquer avec un maximum de détails ce qui s’était passé. Elle arriva au moment où elle avait craqué, son cœur se serra de nouveau et elle hésita plusieurs secondes à rapporter son comportement. Christophe ne réagit pas à son silence, se contentant d’observer la jeune fille, Émilie jeta un regard vers Camille, celle-ci observait le mur qui se trouvait derrière Christophe, ce dernier avait également tourné les yeux vers Camille. Émilie se décida à jouer la carte de l’honnêteté et avoua :
    « Puis Tom m’a poussé à bout, il m’a rappelé des souvenirs douloureux en m’accusant d’en être responsable et d’être aussi cruelle que lui et j’ai… craquée.
    -Qu’entends-tu par craquer ?
    -J’ai attrapé mon couteau dans ma main et je me suis dirigée furieusement vers lui avec une envie folle de…
    - De le tuer ? »
    Christophe avait interrompu Émilie qui eût un léger sursaut en entendant cela, immédiatement elle rétorqua :
    « Non ! Non, non ! Je voulais le frapper pour qu’il arrête et je n’ai plus réagi au fait que j’avais mon couteau à la main… Je… J’ai très mal réagi, je suis obligé de l’admettre et sans l’intervention de Camille je… j’aurai… »
    Émilie n’arriva pas à terminer sa phrase, réalisant avec horreur qu’effectivement elle aurait sans doute tué Tom si elle avait été seule. Camille s’était retourné vers sa copine, l’observant avec pitié. Émilie baissa la tête tandis que des larmes coulèrent sur ses joues, elle entendit Christophe demander à Camille :
    « Tu lui a attrapé son arme des mains pour l’empêcher de faire du mal à Tom ? »
    Émilie entendit alors Camille répondre incertaine :
    « Non, je… j’ai juste prononcé son nom et ça l’a calmé d’un coup. Christophe, s’il te plaît, ne crois pas qu’Émilie est dangereuse, c’est vrai qu’elle a pété les plombs et que j’ai eu peur qu’elle ne fasse du mal à Tom mais je…. »
    Camille s’était tu d’un coup, Christophe avait sans doute fais un geste pour l’interrompre, il s’exprima d’une voix calme qui se voulait rassurante :
    « Émilie… »
    Émilie l’écouta en gardant la tête baissée, mais il ajouta :
    « Émilie, s’il te plaît regardes-moi. »
    Elle essuya ses larmes avec sa manche et leva la tête en direction de Christophe, elle fut surprise de voir que ce dernier lui adressait un sourire. Il s’exprima toujours avec ce même ton calme et rassurant comme s’il racontait une histoire :
    « Cela peut nous arriver à tous d’exploser complètement lorsque l’on touche des points sensibles de notre vie, on se laisse gagner par la colère, par la fureur et la haine, c’est totalement humain d’avoir ces sentiments et cette réaction sur le coup, on se sent horriblement attaquer du coup pour se défendre, on laisse exploser sa rage, c’est comme ça que le corps réagit. Ce qui compte ce n’est pas la réaction, mais c’est le comportement qu’on a derrière. T’as voulu blesser Tom, certes, mais est-ce que tu l’as fait ?
    -Non, mais si j’avais été seule alors j’au…
    -Tu ne l’aurais pas tué pour autant. Je suis persuadé qu’au premier coup de couteau, tu aurais réagi avec horreur à ton geste.»
    Émilie y réfléchit plusieurs secondes avant de se dire qu’effectivement c’est sans doute la réaction qu’elle aurait eue. Christophe ajouta :
    « On se pense généralement plus mauvais qu’on l’est réellement, c’est parce que, après coup, notre réaction nous effraye, on se dit qu’on n’était pas soi-même et qu’on aurait été capable du pire, mais bien souvent on est loin de la vérité. »
    Il se leva en récupérant le thermostat et les gobelets tout en indiquant :
    « Vous allez pouvoir rejoindre vos lits, dormir vous fera du bien. »
    Tandis qu’il s’apprêtait à sortir, Émilie lui demanda :
    « Que vas-t-il arriver à Tom ? »
    Christophe répondit sans se retourner :
    « On en discutera demain mais promis, il n’y aura aucune mise à mort. »
    Bien qu’il ait annoncé cela sur le ton de la plaisanterie, Émilie ne se sentit pas rassurer quant au sort du jeune homme. Cependant, elle oublia rapidement son inquiétude lorsqu’elle vit Camille lui sourire en lui tendant la main et lui annonçait joyeusement :
    « Allez viens, on va dormir, ma petite colérique. »

    Les deux filles entrèrent dans le dortoir le plus silencieusement possible afin de ne réveiller personne. Comme toujours, bien qu’il fît sombre, les quelques rayons de lumières extérieures parvenaient à passer à travers les nombreuses ouvertures laissé par le temps, permettant ainsi de voir légèrement dans la pénombre. Camille avança et Émilie la suivit, elles passèrent devant Maxime qui avait la tête plongée dans son oreiller, puis devant Daniel qui dormait les bras étendus de manière inhabituelle tout en respirant profondément. Émilie ne put s’empêcher de sourire en voyant le jeune garçon dormir paisiblement, elle trouvait ça beau qu’il existait encore un peu d’innocence dans ce monde. Cela lui rappela la fois, à l’époque où elle vivait encore dans la cave de sa maison avec sa famille, où elle s’était réveillée en apercevant Jordan avec la jambe ensanglantée suite à une morsure de chien, à l’époque, elle dormait paisiblement tout comme Daniel, sans se soucier de ce qui se passait à l’extérieur. Ce souvenir lui rendit les yeux quelques peu humides, bien qu’elle se fût habituée à son absence, Jordan lui manquait terriblement alors qu’elle n’était même pas sûre qu’il soit encore en vie. Émilie était tellement perdue dans ses pensées qu’elle n’avait pas remarquée qu’elle s’était arrêtée de marcher tandis que Camille avait déjà rejoint un lit. La jeune fille s’apprêtait à rejoindre le sien quand quelqu’un lui demanda en chuchotant :
    « Comment ça va ? »
    Elle avait sursauté et avait même lâché un cri qui heureusement ne réveilla personne, elle se tourna alors vers Benoit qui était assis sur son lit, La jeune fille râla tout en se forçant à chuchoter :
    « Non mais ça va pas ! Tu veux que je fasse une crise cardiaque ?!
    -Désolé, je n’ai pas fait exprès… »
    Il se recoucha, Émilie supposa qu’il préférait ne pas trop poser de questions après cela, ce qu’il l’arrangea, elle n’avait plus envie de parler des événements de cette nuit bien qu’elle eût conscience qu’elle n’y échapperait pas le lendemain. La jeune fille atteignit son lit et se coucha rapidement sous la couette, sa tête posée sur l’oreiller, elle observa durant quelques secondes la chevelure de Camille qui lui faisait face. Elle se tourna ensuite pour s’allonger sur le dos et observa longuement le plafond tout en repensant aux événements de la soirée, elle songea notamment à ce que lui avait dit Christophe et se demanda si effectivement, elle se serait arrêtée au premier coup de couteau ou si sa colère l’aurait poussée à l’extrême sans qu’elle ne s’en rende compte. Elle se dit que si cela était arriver à Tom, ça pourrait lui arriver aussi et cette pensée l’effraya, elle essaya alors de réfléchir pour déterminer si, oui ou non, elle en serait capable, mais le résultat fut le même que durant la conversation avec Christophe, elle était incapable de prédire ce qu’elle aurait fait. Cependant, la jeune fille se dit qu’elle ne devait se laisser perturber ainsi, c’était trop dangereux et elle ne voulait pas courir le risque de blesser quelqu’un qu’elle apprécie sous le simple effet de la colère. Elle se dit qu’elle devrait sans doute travailler cet aspect de son caractère et se demanda alors comment faire, mais n’ayant aucune idée, elle abandonna sa réflexion. La jeune fille se laissa guider par le sommeil, bien décidé à se reposer autant qu’elle le pouvait, elle ne doutait pas que le lendemain risqué d’être une journée difficile à supporter.

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :