• Chapitre XIII

    Chapitre XIII

     

    Tandis qu’elle approchait de la cantine en compagnie de Camille, Émilie se rendit compte qu’elle tenait son bras droit, comme pour l’empêcher de saisir la main de sa copine. Elle relâcha son bras, mais se rendit compte que c’était encore pire, il restait pendu dans le vide, à attendre d’agir ou que l’on se serve de lui. Elle hésita alors entre le tenir et le laisser pendouiller librement et trouva un compromis en mettant sa main dans sa poche, son bras lui semblait désormais bien placé. Avant d’ouvrir la porte, Camille pensa à voix haute :
    « Pourquoi je suis aussi stressé ? »
    Émilie comprenait parfaitement ce que ressentait Camille, elle-même ne savait pas trop comment elle devait se comporter en compagnie de sa copine en public. Elle demanda à Camille :
    « Il nous suffit de faire comme si on était amies tout simplement… alors, pourquoi ça me paraît super-compliqué ?
    -Je ne sais pas… c’est comme si… J’ai l’impression que dès que je vais entrer, je vais être jugé comme si j’étais dans un tribunal, c’est parfaitement ridicule.
    -C’est ça…
    -Bon… prête à rentrer ? »
    Camille avait interrogé sa compagne avec un regard inquiet, Émilie hocha cependant la tête pour indiquer son accord, elle savait qu’elle ne pouvait pas rester infiniment devant la porte même si une partie d’elle-même en avait profondément envie. Camille poussa la porte et les deux filles entrèrent de la cantine, Émilie s’était attendue à ce que tous les regards se tournent vers elles, mais ce n’était pas le cas, chacun était occupé de manger ou de discuter sans prêter d’attention particulière à leur présence. La jeune fille lâcha un soupir de soulagement, se sentant parfaitement idiote d’avoir cru qu’elle aurait fait face à une sorte d’interrogatoire visuelle. Seule Véronique avait lancé un regard mauvais à Camille, cette dernière déclara à Émilie, toujours avec un léger ton inquiet :
    « Je vais aller m’excuser tout de suite, ce sera plus polie, je te rejoins après.
    -D’accord »


    Émilie observa quelques secondes Camille s’éloigner avant d’aller se servir un bol de soupe. Elle observa les tables, il ne restait plus qu’une place à celle de Benoît, Daniel et Maxime ayant pris deux autres chaises, habituellement Émilie aurait été les rejoindre. La jeune fille se demanda alors s’il fallait agir comme d’habitude afin de ne pas éveiller les soupçons ou si elle devait aller s’asseoir en compagnie de Tom, qui mangeait seul, afin que Camille puisse la rejoindre. Elle ne dû pas réfléchir longtemps, Jonathan venait de se lever de sa table et l’avait approché, Émilie remarqua qu’il semblait contrarié de devoir lui parler, tout en se réservant de la soupe, il chuchota, comme s’il espérait qu’on ne remarque pas la conversation :
    « Assis-toi à ma table, pour quelques minutes, je dois te parler. »
    Le jeune homme avait parlé avec un ton qui se voulait gentil, mais cela sonnait faux donnant un ton très étrange, comme s’il tentait de conserver sa colère. Émilie, comprenant que cela devait être important s’assit donc à la table de Jonathan. Ce dernier s’assit face à elle, la jeune fille remarqua que l’homme ne lui lançait pas le regard noir qu’il lui lançait habituellement quand ils se croiser, cette fois-ci c’était plus un regard de défi, il semblait analyser la valeur de la jeune fille comme pour savoir de quoi elle était capable, Émilie eut même l’impression qu’il avait eu un sourire en coin lorsqu’il avait posé les yeux sur sa cicatrice au bras. Cependant, le ton ne changea pas lorsqu’il expliqua :
    « Christophe m’a dit que tu t’étais portée volontaire pour les tours de garde cette nuit, ce qui signifie que tu auras une arme sur toi et que…
    -Je sais que tu ne fais pas confiance… »
    Émilie avait répondu cela comme étant une simple évidence, mais Jonathan sembla le prendre comme un reproche, il rétorqua :
    « Il faut que je me fasse à l’idée que d’autres le font, mais là n’est pas la question, évite de m’interrompre histoire que l’on en finisse rapidement et qu’on retourne chacun dans notre coin. Comme je le disais, tu seras armé, avec ton fusil afin de te protéger et non d’attaquer. Je serai ton superviseur pour les rondes, il fau…
    -Ce n’est pas Christophe qui s’occupe de gérer les tours de garde ? »
    Jonathan se frotta les yeux tout en inspirant comme si la question d’Émilie était une insulte qu’il tentait de ne pas prendre mal. La jeune fille ressentait un certain plaisir à le contrarier, bien qu’elle n’ait su expliquer pourquoi. Le jeune homme observa de nouveau la jeune fille quelque seconde, droit dans les yeux comme s’il tentait de lire dans ses pensées, néanmoins il reprit son explication toujours en tentant de garder une voix calme :
    « Non, c’est moi qui m’en occupe, Christophe est résistant, certes, mais il en fait déjà bien assez la journée alors la nuit, il se repose et je prends la direction à sa place comme c’est convenu entre lui et moi, maintenant je te remercierai de ne plus poser de questions. Il faudra donc te rendre près de la tour de surveillance à l’entrée ce soir, où je distribuerai les armes ainsi que le matériel et donnerait les indications à toi et aux autres volontaires.  J’espère que l’on est bien d’accord, maintenant tu peux aller rejoindre une autre table.
    -Qui sont les autres volontaires ? »
    Jonathan ne répondit pas, portant son bol à sa bouche et buvant longuement sa soupe faisant comprendre qu’il ne répondrait pas. Émilie se leva et s’aperçut avec satisfaction que Daniel et Maxime avaient quittés la table de Benoît et que Camille s’y était installé, elle les rejoignit et s’empressa de s’asseoir à en face de Camille, la voyant arriver Benoît remarqua avec amusement :
    « T’as pu t’asseoir à la table de mon frère, qu’as-tu fait pour mériter un tel honneur ? »
    Émilie jeta un rapide regard à Jonathan qui lui tournait le dos sans bouger et déclara :
    « Je l’ai contrarié un peu plus que d’habitude, je pense. »

    Émilie, Camille et Benoît discutaient tranquillement pendant que les deux filles mangeaient leur soupe, Benoît ayant déjà terminé la sienne. Émilie fut soulagée de voir qu’il était facile d’être avec Camille sans laisser deviner que les deux filles étaient plus qu’amies, même si elle avait envie de lui tenir la main et qu’elle dut résister à ce désir.  Plusieurs fois la jeune fille sentit le pied de sa copine venir toucher le sien comme s’il le caressait, cela ne durait que quelques secondes, la première fois Émilie avait observé Camille afin de savoir si cela avait été volontaire ou non, mais cette dernière avait continué de discuter avec Benoît, l’air de rien, jouant parfaitement l’innocente. Tandis que Camille discutait avec Benoit d’une fois où une taupe avait fait des ravages dans les jardins, Émilie regarda par-dessus l’épaule de Camille, depuis le fond de la pièce, Tom lui faisait face. Ses cheveux noirs ébouriffés commençaient à lui descendre jusqu’aux yeux, ces derniers lançaient des regards mauvais en direction de la table d’Émilie. Il restait immobile, la tête poser sur ses deux mains jointes, son bol étant posé devant lui, sans doute vide depuis un moment. Émilie comprit que cela devait faire plusieurs minutes qu’ils les observaient ainsi, Camille qui avait remarqué la réaction de sa copine se retourna et observa Tom à son tour, ce dernier semblait avoir bougé légèrement les yeux pour observer davantage cette dernière. Camille expliqua soudainement avec un peu de gêne :
    « Mince, c’est vrai que je me suis excusé auprès de Véronique mais pas auprès de Tom, je reviens tout de suite. »
    Tandis qu’Émilie observait Camille s’éloigner, ses cheveux châtains se balançant magnifiquement, elle remarqua à voix haute :
    « Ces derniers temps je trouve Tom très distant à mon égard. »
    Bien qu’elle ait dit cela avant tout pour elle-même, Benoît se permis d’ajouter :
    « Si ça peut te rassurer, il semble distant un peu avec tout le monde ces derniers temps, du coup, certains on vite fait de le soupçonner pour le vol des légumes.
    -Je vois, je connais Tom, il est honnête, je ne pense pas qu’il pourrait faire ça…
    -Je ne le pense pas non plus, pour moi c’est clairement quelqu’un de l’extérieur, mais que veux-tu, certains préfèreraient que ce soit plus simple… »
    Camille était revenue à leur table et indiqua quelque peu dépitée :
    « Il n’est pas très causant, je ne suis même pas sûr qu’il m’en voulait en fait, il à eu l’air surpris quand je me suis excusé… »
    Émilie observa le jeune homme qui s’était levé après avoir débarrassé son bol et qui quittait la pièce sans un mot, elle se demanda ce qui pouvait bien le rendre comme cela mais elle ne put y réfléchir plus longtemps lorsque Camille demanda d’un ton joyeux :
    « Alors qu’allons-nous faire cette après-midi ? »

    Ils passèrent leurs débuts d’après-midi à jouer aux cartes tout en discutant, Daniel et Maxime étant partis s’amuser dehors, laissant le jeu libre. Le comportement de Tom devint l’un des sujets de la discussion et cela fit de nouveau réfléchir Émilie sur les raisons qui pourraient amener son ami à adopter un tel comportement. Elle s’imagina que Tom était peut-être jaloux que Camille ne fût plus aussi proche de lui qu’auparavant, mais cette idée lui parut stupide et elle l’oublia tout de suite. Bien qu’ils étaient à trois à étudier la question, aucune réponse convenable un tant soit peu logique ne fut trouvée ce qu’ils leur donnèrent la conclusion que Tom devait cacher quelque chose qui le rongeait. Tandis qu’ils discutaient de cette nouvelle possibilité, quelqu’un toqua à la porte et lorsque Émilie, faisant dos à l’entrée, se retourna, elle aperçut son cousin dans l’entrebâillement qui l’observait avec un sourire. Émilie s’approcha se demandant ce qu’il voulait et Steve sembla avoir lu dans ses pensées lorsqu’il demanda :
    « Prête à lui accorder une deuxième chance ? »
    La jeune fille remarqua que son cousin, malgré son sourire, avait laissé entendre une certaine inquiétude dans le ton de sa voix. Elle se retourna vers Benoit et Camille, surtout Camille, et vit cette dernière hocher la tête comme pour approuver la décision qu’Émilie allait prendre. Elle prit une grande inspiration et indiqua à son cousin :
    « Je te suis. »

    Ils marchèrent tous les deux vers la chambre de fortune qui avait appartenu à Émilie, la jeune fille se demanda pourquoi cette pièce n’avait pas encore été débarrassée, de nouveau Steve sembla avoir lu dans ses pensées lorsqu’il indiqua :
    « Christophe m’a indiqué qu’il comptait garder cette chambre à part, au cas où il y aurait de nouveau quelqu’un de blessé ou même malade, ce qu’on ne souhaite pas bien entendu, mais il vaut mieux être préparé quand cela arrive.
    -C’est une bonne décision
    -Je trouve aussi, en parlant de décision, j’ai appris que tu t’étais porté volontaire pour les rondes de nuit suite au vol. »
    Émilie ressentie de l’approbation et même de la fierté dans le ton de son cousin, elle ne savait pas trop quoi répondre à cela, mais Steve ajouta :
    « Je participe aussi, du coup, on se reverra ce soir.
    -Oh super ! Tu sais qui il y aura d’autres ?
    -Mon collègue, Mehdi, celui que tu as déjà vu
    -L’homme noir ?
    -C’est cela, mais ne l’appelle pas comme ça devant lui, cela l’énerverait. S’il y a encore d’autres personnes, j’ignore qui elles sont.
    -Vous n’êtes que deux ? »
    Émilie fut quelque peu scandalisée de voir qu’uniquement deux personnes étaient prévues pour surveiller les jardins, mais Steve lui expliqua avec amertume :
    « Je le sais bien, pour notre supérieur, un simple vol n’est pas un danger nécessitant que l’on envoie des troupes. Alors que, pourtant, cet endroit sert à nourrir une bonne partie de nos troupes comme il dit ainsi que le centre d’accueil.  Mais bon, qui c’est, avec un peu de chance, vous êtes pillés par des relanceurs et là mon supérieur sera ravi d’envoyer des troupes ! 
    -Il a l’air très sympathique ton patron.
    -Oh… tu n’as pas idée… »

    Ils étaient arrivés devant la chambre de soin, Steve toqua à la porte pour indiquer sa présence et entra. Émilie lui emboîta le pas et vu sa grande sœur assise sur le lit, elle était toujours aussi rachitique, ses cheveux étaient également restés emmêlés et ses yeux cernés, cependant elle semblait avoir repris un peu de couleurs, Émilie la trouva beaucoup moins pâle que la dernière fois. Elle avait échangé sa robe par un chemisier jaune et un jean, ce qui donnait bien moins l’apparence d’une patiente d’hôpital contrairement à la dernière fois.  Mathilde souriait en observant Steve, elle paraissait pensive et semblait ne pas avoir remarqué la présence d’Émilie, malheureusement lorsque le regard des deux filles se croisa, Mathilde reprit conscience de la réalité et comme si on venait de lui annoncer une terrible nouvelle, elle se mit à pleurer. Émilie voulut approcher de sa sœur qui se tenait le visage dans les mains tout en pleurant, mais Steve la retenue par l’épaule, une expression effrayée sur son visage, Mathilde parvint à déclarer parmi ses pleurs, avec une voix tremblotante :
    « Désolée…désolée É…Émilie »
    La jeune fille retira la main de Steve de son épaule et alla s’asseoir auprès de sa sœur puis la serra par la taille en indiquant calmement :
    « Ne t’en fais pas, j’aurai également hurlé et déversé ma colère après tout ce qui t’ai arrivé, c’est normal »
    Bien qu’elle ait parlé de manière assurée, Émilie eut du mal à retenir ses larmes, voir sa sœur dans cet état resté difficile même s’il y avait eu une amélioration. Émilie relâcha sa sœur et celle-ci redressa la tête, ses larmes s’étaient calmées, elle demanda timidement :
    « Tu… Tu ne m’en veux pas ? 
    -Bien sûr que non, voyons, Mathilde… tu es ma sœur. S’il te plaît, sèche tes larmes»
    Mathilde observa sa sœur quelques secondes comme pour s’assurer que c’était bien réel et sans prévenir ce fut elle qui serra Émilie dans ses bras, celle-ci lui rendit son étreinte et aperçut par-dessus l’épaule de Mathilde, Steve qui levait le pouce tout en faisant un clin d’œil pour approuver leur comportement. Une fois l’étreinte achevée, Mathilde sembla plus apte à discuter, pendant quelques minutes, Émilie oublia l’apparence qu’avait Mathilde en ce moment et retrouva sa sœur d’antan. C’est alors que cette dernière demanda :
    « Et donc… qu’as-tu vécu depuis ta disparition ? »
    Bien que la question ait été posée simplement sans aucun reproche et sans un ton réprobateur, Émilie s’inquiéta sur comment y répondre et la réaction qu’aurait sa sœur après cela. Finalement, elle se força à répondre en prenant bien soin d’expliquer à quel point elle avait pris des précautions de sécurité et s’était montrée prudente. Elle prit également la peine de ne pas parler de certains événements, comme le combat avec Tom lors de leur rencontre, du fait qu’elle avait appris ce que sa sœur subissait ou, événement auquel Émilie n’avait plus pensé depuis longtemps et qui lui redonna un sentiment de dégoût, puis de haine, l’agression qu’elle avait subis par l’homme dans une chambre. Ce mauvais souvenir qui avait ressurgi sans qu’Émilie le souhaite l’avait bloqué quelques secondes durant son récit, plusieurs secondes durant lesquelles elle dut fermer les yeux et les poings pour contrôler sa rage et ne pas hurler à son tour, même si sur le moment elle n’avait qu’une envie, c’était de frapper au visage le premier homme mauvais à sa portée jusqu’à lui détruire le visage. Elle pensa alors au moment présent et le visage de Camille, le baiser qu’elle avait échangé avec elle lui vint en tête et Émilie se sentit un peu plus légère, ce qui lui permit de reprendre son récit. Par chance, Mathilde ne sembla pas avoir remarqué sa réaction, qui avait sans doute dû durer que quelques secondes bien que pour Émilie, cela avait semblé être une lutte de plusieurs minutes. Alors que la jeune fille arrivait au moment où elle était arrivée au camp, ce fut Steve qui acheva son histoire en expliquant :
    « Et c’est donc ici que je l’ai trouvé, peu après qu’elle fut tombée sur un grillage en s’ouvrant le bras. »
    Émilie échangea un regard complice avec son cousin, visiblement elle n’était pas la seule à cacher certaines vérités. Mathilde observa alors le bras de sa sœur et particulièrement sa cicatrice qui parcourait pratiquement la distance entre son coude et son poignet, pour tout commentaire la jeune femme se contenta de dire :
    « Tu as dû souffrir… »
    Émilie ressenti le doute dans le ton de sa sœur, c’était désormais confirmé, la Mathilde inquiète et prude qu’elle avait toujours connue était bel et bien de retour. Les deux sœurs discutèrent encore durant une quinzaine de minutes, ce fut surtout Mathilde qui interrogeait Émilie sûr comment se déroulait la vie au camp, Émilie lui cacha le vol qu’il y avait eu récemment afin de ne pas mettre sa sœur en alerte. Steve indiqua à Mathilde qu’il était temps de rentrer, expliquant à Émilie que les médecins ne préféraient pas laisser sortir la jeune femme trop longtemps son état de santé étant encore un peu faible et que, de plus, leur enfant avait besoin de sa mère. Émilie salua alors sa sœur avec une nouvelle étreinte et l’accompagna jusqu’à la sortie du camp, Mathilde se retourna vers sa cadette et lui dit avec un sourire bienveillant :
    « Je suis contente que tu sois ici à l’abri plutôt que de vagabonder partout et si tu te sens mieux ici qu’à l’hôpital alors cela me rend encore plus heureuse, au moins, on pourra continuer de se voir et toi de t’épanouir comme tu en as envie, c’est ce que je veux par-dessus tout.
    -Merci… je… »
    Émilie ne savait pas quoi répondre, mais elle comprit à l’expression de joie de sa sœur qu’elle n’avait pas besoin de le faire, elle observa celle-ci s’éloignait en camionnette avec Steve, heureuse d’avoir renoué le lien familial.

    Le soir venu, Émilie rejoignit la tour de surveillance de Jonathan comme c’était prévu, elle avait pris soin de prendre son poignard avec elle, même si un fusil lui serait donné. Steve et son collègue étaient déjà présents et armés, ils discutaient entre eux. Une table avait été sortie, dessus il y avait une caisse en plastique fermé par un couvercle, elle semblait contenir des objets noirs, mais Émilie ignora ce que cela pouvait être. Mehdi s’aperçut de l’approche d’Émilie et fit un signe de la main pour indiquer à Steve qu’elle s’approchait, la jeune fille resalua son cousin qui fit les présentations :
    « Émilie voici Mehdi, Mehdi voici Émilie »
    Le jeune homme, bien qu’ayant le crâne rasé, semblait avoir moins de la trentaine, il était assez musclé et se tenait bien droit. L’homme avait tendu sa main au moment où Steve avait fait les présentations, Émilie, la serra et il annonça d’une voix ferme, mais avec un ton amicale :
    « Ravi de faire la connaissance de la belle-sœur de notre Steve, j’ai entendu dire que tu savais bien te défendre
    -De même merci, oui je peux m’en sortir, mais j’espère ne pas avoir à le faire ce soir
    -Notre priorité n’est pas de nous battre, mais d’arrêter les vols et d’intercepter les responsables pour parler avec eux et voir ce qu’ils veulent. »
    Jonathan venait d’arriver dans le dos d’Émilie sans qu’elle l’entende, au point qu’elle avait eu un léger sursaut lorsqu’il s’était mis à parler. Il avait plusieurs fusils en bandoulière autour de l’épaule ainsi qu’un rouleau plastifié, il posa le tout sur la table et alla prendre le sien qu’il avait laissé dans la tour de surveillance. Pour toute indication, il se contenta de dire :
    « Je vais attendre que tout le monde soit là pour redescendre et vous expliquer comment on va procéder. »
    Mehdi et Steve retournèrent à leur conversation tandis qu’Émilie guetta l’arrivée d’autres personnes. Au bout de cinq minutes, ce fut Tom qui arriva, il se posta cependant dans un coin, s’isolant du reste du groupe, sans saluer qui que ce soit. Il resta là à observer le sol et semblait perdu dans ses pensées, Émilie préféra le laisser tranquille, se disant qu’il avait ses raisons. La jeune fille remarqua, en les comptant, qu’il y avait quatre fusils sur la table, ce qui sous-entendait que deux autres personnes devaient encore arriver. Elle eut sa réponse quelques minutes plus tard lorsqu’elle aperçut Benoît et Camille arrivés tout en discutant, ils se dirigèrent vers Émilie tout en saluant Steve et Mehdi. Émilie se sentit légèrement mal à l’aise en voyant Camille sans pouvoir lui tenir la main et encore moins pouvoir l’embrasser, elle garda se sentiment en elle lorsque Jonathan descendit l’échelle de la tour. Il observa tour à tour Benoît, Camille et Tom en indiquant sèchement :
    « Si l’on doit recommencer demain, j’apprécierai que vous arriviez plus tôt, merci. »
    Il se dirigea vers la table et déroula le morceau de plastique, il s’agissait d’une carte dessinée du camp, il expliqua tout en pointant du doigt différents endroit sur la carte :
    « Steve, tu prends ces deux parcelles là, Mehdi les deux autres à côté qui font la longueur du camp, ensuite… »
    Chacun avait sa zone de garde, Émilie fut ravie de savoir qu’elle allait faire son tour de garde à côté de celui de Camille, avec de la chance les deux amoureuses pourraient échanger un baiser discrètement. Après avoir donné les explications, Jonathan ouvrit la caisse en plastique révélant les lampes torches qu’elle contenait, tout en les distribuant il conseilla :
    « Il est difficile de trouver des torches de nos jours, alors je vous serais très reconnaissant d’éviter de les casser. »
    Puis il donna également un fusil à chacun, lorsqu’il en donna un à Émilie, celle-ci aperçut son regard meurtrier qui en disait long sur ce qu’il ressentait en lui offrant une arme.


    Émilie alla rejoindre sa zone de garde tandis que les autres firent de même, s’éloignant les uns des autres. La nuit tomba rapidement tout comme le froid, Émilie avançait tranquillement en effectuant sa ronde, éclairant son chemin avec la torche. Aux alentours, elle voyait les rayons des torches des autres qui se promenaient dans l’obscurité tels des fantômes errant sans but. Bien qu’elle n’eût pas peur du noir, se promener dans un si grand espace sans voir ce qui se passait aux alentours tout en sachant qu’il y avait un danger qui rôdait rendait Émilie stressée, à tel point qu’elle faillit hurler lorsque Camille s’était approchée d’elle avec sa torche éteinte. Elle s’approcha calmement d’Émilie en remarquant le sursaut qu’avait eu cette dernière et lui demanda en chuchotant :
    « Éteins ta torche quelques minutes afin qu’on ne puisse pas nous voir. »
    À peine Émilie avait effectué le geste demandé que Camille l’approcha pour la serrer dans ses bras tout en l’embrassant avec passion, Émilie lui rendit la chose avec tout autant d’amour. Elle sentait les doux cheveux de sa copine se balader entre ses doigts, ainsi que la chaleur de ses lèvres posées sur les siennes, la langue des deux jeunes filles se croisèrent telle une valse entre deux amoureux. Émilie ressentit une chaleur et une joie intense et insensée monter en elle, elle ne se souciait plus du danger alentour, du moins jusqu’à ce qu’elle entendît un bruit étrange à plusieurs mètres. Cela ramena Émilie à la réalité qui dû mettre fin au baiser, bien qu’elle n’en eût pas du tout envie. Elle reprit son arme et sa torche qu’elle avait laissée à terre. Camille ayant observé la réaction de sa chérie, lui demanda inquiète, toujours en chuchotant :
    « Qu’il y a-t-il ? 
    -J’ai entendu un bruit bizarre, viens, on va aller voir. »
    Camille reprit également sa torche et son arme, Émilie ouvrit la marche, se dirigeant vers la zone d’où était provenu le bruit. L’obscurité ne permettant pas de voir à peine plus loin que le rayon de la torche, Émilie redoubla de vigilance, éclairant tantôt à droite puis à gauche afin de prévoir tout éventuelle attaque. Camille la suivait dans son mouvement de prudence, parfois elle éclairait derrière elle afin de s’assurer que personne ne les suivait. Lorsque Émilie crut apercevoir une silhouette se détachait de l’obscurité un peu plus loin, elle éteignit sa torche et demanda à Camille d’éclairer à l’avant, tandis qu’elle pointait son fusil. Cependant, Émilie avait quelque peu baissé son arme lorsque la silhouette fut révélée, elle ne pouvait y croire et pourtant, il était là debout, son fusil à terre avec du sang sur lui et une pelle dans ses mains, Tom semblait aussi effrayer que les deux filles qui l’avaient surpris.

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