• Chapitre II

    Chapitre II

     

    Émilie avait reconnu la voix qui l’avait interpellée, elle regarda donc l’endroit d’où elle provenait. Elle distingua très clairement le jeune garçon blondinet qui l’observait à travers le trou du mur. Agacé qu’il l’ait suivie, Émilie demanda en chuchotant à Daniel :
    « Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas dormir ? Retourne dans ta chambre !
    -Toi qu’est-ce que tu fais là, tu n’as pas le droit de partir !
    -Je fais ce que je veux, c’est mon problème maintenant retourne auprès de ta mère, elle va s’inquiéter si elle voit que tu as disparu. »
    Elle espérait que le garçon partirait rapidement sans quoi elle risquait de se faire repérer, ce qu’elle voulait éviter. Ce dernier insista en répondant tristement :
    « Tu es ma seule amie, je ne veux pas que tu partes…
    -Eh moi je ne veux pas rester, désolé, mais c’est comme ça. Maintenant va-t’en et ne dis à personne que tu m’as vu partir sinon tu auras des ennuis. »
    Le jeune garçon ne partit cependant pas, il semblait réfléchir et finit par conclure :
    « Je n’ai qu’à venir avec toi !
    -Quoi ? Non, c’est beaucoup trop dangereux, il en est hors de question, tu restes ici, t’y seras beaucoup mieux.
    -Non, je veux venir avec toi ! Je m’en fiche que c’est dangereux, je n’ai pas peur et je… »
    Le garçon s’était tût soudainement, il observait le coin du couloir et paniqua d’un coup :
    « Quelqu’un approche, aides-moi ! »

    Émilie ne savait pas trop comment réagir, elle ne voulait pas que Daniel la suive, mais si quelqu’un le trouver ici il allait avoir des ennuis. Elle soupira consciente de ce qu’elle s’apprêtait à faire et aida le jeune garçon à escalader le mur avant de lui tirer sur son bras pour qu’il avance jusqu’à sa cachette. Daniel voulut la remercier, mais la jeune fille lui indiqua de se taire et de la suivre. Le jeune garçon tremblait de froid, il n’était vêtu que d’un simple t-shirt gris, lequel avait un trou au niveau de la couture de sa manche, Émilie lui donna sa veste, bien que regrettant rapidement son geste, car se fut elle qui eut froid désormais. La jeune fille n’eut pas le temps de se plaindre, elle avança prudemment parmi les carcasses des véhicules, elle se voyait obligé de marcher accroupi. Régulièrement, elle s’arrêtait et levait la tête pour guetter si quelqu’un s’approchait, mais les soldats Résistants qui gardaient l’entrée discutaient ou somnolaient. Elle jeta un coup d’œil en direction de la brèche par laquelle elle et Daniel étaient sortis, elle avait vu un soldat passé dans le couloir quelques secondes plus tôt. Bien qu’elle regrettât la présence de Daniel, elle se dit qu’elle venait peut-être de lui sauver la vie même si elle doutait fortement que les Résistants lui auraient fait du mal. Le jeune garçon d’ailleurs avait bien du mal à avancer et à se cacher, à plusieurs reprises Émilie dû lui ordonner d’aller plus vite, si elle se faisait repérer à cause du jeune garçon, qui sait ce qu’elle lui ferait. Heureusement, le duo improvisé parvint à arriver jusqu’au bord de la plage sans problème, Émilie se cacha derrière la première dune à sa portée et s’allongea dans le sable en fermant les yeux.
    Elle prit du sable humide et le serra dans son poing afin de sentir les grains passer entre ses doigts, bien que le sable fût humide, c’était une sensation unique qu’elle retrouvait enfin.  Daniel gâcha ce moment de plaisir en demandant :
    « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
    Émilie se redressa en soupirant, elle observa le jeune garçon tout en réfléchissant. Elle n’avait pas pris en compte la présence de ce dernier, mais n’avait pas non plus réfléchi à quoi faire une fois la plage atteinte. Rapidement elle se souvint d’un endroit où ils pourraient rester quelques temps en attendant qu’elle sache quoi faire. Telle une chef, elle expliqua au jeune garçon :
    « Je sais où on peut aller, on va longer la plage en marchant, mais on va marcher dans la mer afin qu’on soit le moins visible possible. Du coup, je vais devoir… Retournes-toi !
    -Pourquoi ?
    -J’ai dit retournes-toi ! T’as voulu me suivre, tu m’obéis ! »
    Le jeune garçon se retourna sans insister, Émilie retira son t-shirt, celui-ci était blanc, il se verrait facilement par rapport à la mer sombre. Elle le frotta dans le sable humide, espérant que celui-ci se colle cela fonctionna légèrement mais son maillot restait trop visible. Elle n’avait qu’un seul choix, devoir marché sans son t-shirt, elle le cacha entre ses bras tout en croisant ceux-ci afin de cacher sa poitrine n’ayant pas de soutien-gorge. Puis elle indiqua au jeune garçon :
    « Aller, on va avancer, tu marches devant tout en restant bien dans l’eau, je te dirais quand on est arrivé
    -Pourquoi t’es sans ton maillot ?
    -Pour ne pas être vu, aller avance et évites de te retourner s’il te plaît. »
    C’était gênant d’être sein-nus devant le jeune garçon, mais elle n’avait pas vraiment le choix, en plus de la gêne, elle devait supporter le froid du vent et de la pluie. Avancer dans l’eau mouvementée n’était pas facile avec les bras croisés, Daniel l’a distancé régulièrement au point qu’elle devait lui demandait de s’arrêter par moments. Après être tombé dans l’eau pour la quatrième fois, elle en eue marre de devoir croiser les bras et décida de marcher normalement, tant pis si cela voulait dire que l’on voyait sa poitrine. Elle noua son t-shirt autour de sa jambe afin qu’il reste caché dans l’eau sombre et avança avec un meilleur équilibre et de façon plus rapide.
    Elle ne savait pas depuis combien de temps ils marchaient comme cela, Émilie ne voyait presque rien avec l’obscurité, au point qu’elle avait peur de louper l’endroit qu’elle recherchait. Le vent semblait souffler de plus en plus fort et la pluie s’était accélérée, Daniel se plaignit :
    « Il fait super froid…
    -T’es gentil s’il te plaît, te plains pas, tu n’avais qu’à ne pas me suivre si tu n’es pas content ! »
    Émilie gelait sur place, elle se demanda comment elle arriver encore à bouger tellement elle avait froid. Après ce qui parut une marche interminable, elle sentait sous ses pieds que le sable avait laissés place au béton, elle observa en direction du quai, elle n’était pas sûre mais, il lui semblait voir un tunnel en béton s’enfoncer dans le sol. Elle interpella Daniel :
    « Je crois qu’on est arrivé ! On va s’approcher doucement du bord de plage pour vérifier 
    -Euh...Émilie, je peux voir tes nénés…
    -Ouais je sais, ce n’est pas grave, tu ne vas pas être choqué pour ça… »
    Émilie avança mais voyant que le jeune garçon l’observait étrangement, elle ajouta :
    « T’es pas obligé de mater non plus…je remettrais mon t-shirt si on est bien arrivé, alors avance ! »
    Une fois suffisamment près, elle distingua plus nettement l’entrée des égouts, effectivement ils étaient arrivés à destination, elle en était ravie et pas seulement parce qu’elle pouvait remettre son t-shirt, d’autant plus que ce dernier était trempé bien qu’elle l’eût essoré.
    Sans source de lumière, elle dut avancer en gardant sa main contre le mur à sa gauche tandis qu’elle avançait dans le tunnel des égouts. Daniel semblait la suivre de près tout en tenant son t-shirt comme s’il avait peur de la perdre et de se retrouver coincé seul. Après quelques secondes de marche, Émilie finit par sentir un angle, indiquant que le mur s’enfonçait sur la gauche, elle continua de bouger sa main contre celui-ci et sentit des tuyaux, elle comprit qu’elle était arrivée à destination. Elle prit le bras de Daniel afin de l’approchait et lui indiqua :
    « Bon, toi tu vas rester caché ici, moi je vais aller nous trouver de quoi faire du feu afin d’avoir de la lumière et de la chaleur.
    -Quoi ? Non, je ne veux pas rester tout seul, je viens avec toi !
    -Non, toi tu restes, je ne te laisse pas le choix ! Essaye de me suivre et je te jette dans l’eau des égouts.
    -Mais il fait tout noir
    -Cesse d’avoir peur, il ne fallait pas vouloir m’accompagner si t’es froussard. »
    Émilie n’avait pas envie de faire la baby-sitter, elle laissa le jeune garçon effrayé seul et ressortit du tunnel. Une fois dehors, elle souffla un grand coup et se laissa tomber à genoux dans le sable, elle était épuisée et glacée. Bien qu’elle n’eue qu’une envie, celle de s’allonger dans le sable et de dormir, elle se relevât et commença à marcher.  Après tout, c’est ce qu’elle avait voulu, retourner à cette vie qui lui manqué et elle savait que ce ne serait pas facile. Elle prit le poignard qu’elle avait gardé accrochée à sa ceinture et l’observa en se demandant si son frère était autant en difficulté en ce moment ou s’il avait trouvé un endroit où il pouvait vivre sans risque Elle raccrocha le couteau à sa ceinture et marcha plus vivement en direction des bâtiments qu’elle semblait distinguée non loin. Elle était arrivée au premier d’entre eux, une sorte de bar de plage dont la terrasse avait été saccagée. Les clôtures de bois étaient brisées ainsi que quelques chaises, certaines tables avaient été renversées, et même un pot de fleurs semblait avoir été détruit. Émilie ne s’en plaignit pas, cela lui permettait effectivement de ramasser des planches ainsi que des barreaux de chaises, elle avait du bois pour faire un feu, ne lui manquait plus que trouver de quoi l’allumer. Transporter tout cela dans ses bras n’était pas pratique en revanche, elle espérait trouver un sac au plus vite, cela lui serait plus qu’utile.
    Elle essaya d’entrer dans le bar, la porte n’était pas fermée mais semblait coincée, elle donna un grand coup d’épaule dedans. La porte céda et tomba contre le sol dans un grand fracas, la jeune fille guetta le moindre mouvement alentour qui indiquerait que quelqu’un l’aurait entendu faire du bruit, mais cela ne sembla pas le cas.
    Elle rentra dans le bâtiment, il faisait sombre, mais elle distinguait quelques tables et posa le bois qu’elle avait récupéré sur l’une d’elles, avant de chercher le comptoir dans l’obscurité. Elle finit par le trouver et commença à fouiller afin de trouver quoi que ce soit qui lui permettrait d’allumer un feu, ce n’était pas facile car elle dût se contenter de pouvoir tâter les choses pour être sûr de ce que c’était. Elle resta là plusieurs minutes à faire tourner des objets dans ses mains, elle se piqua sans faire gaffe avec une punaise qui trainait dans le tiroir avant de sentir une petite boîte en carton sous ses doigts. Elle la fit coulisser et sentit alors les petits bâtonnets de bois que la boîte contenait, elle en saisit un et gratta le bout contre le côté de la boîte ce qui fît apparaître une flamme. Elle vit quelqu’un non loin d’elle et relâcha immédiatement l’allumette en sursautant, cette dernière tomba à terre et s’éteignit. Voyant que la personne qu’elle avait vue ne bougea pas, elle ralluma une allumette et pu distinguer qu’il s’agissait d’un présentoir en plastique.
    Soulagée, elle vit une bougie sur le comptoir et décida de l’allumer afin de pouvoir fouiller plus facilement. Même si elle avait trouvé ce qu’elle cherchait, elle préféra fouiller et récupérer ce qui pourrait lui être utile, comme la veste accrochée au porte-manteau qu’elle s’empressa d’enfiler. Maintenant qu’elle disposait de la lumière, sa recherche se fît plus facilement et rapidement, elle profitait également du décor marin de l’établissement avec ses filets et faux poissons accrochés aux murs. Elle ne trouva rien de bien utile en dehors d’un vieux sac plastique qu’elle utilisa pour transporter le bois qu’elle avait récupéré, plus facilement.
    Elle éteignit la bougie avant de sortir du restaurant et de rejoindre l’égout. Une fois arrivée à l’entrée du tunnel, elle demanda en chuchotant :
    « Daniel ? »
    Le jeune garçon ne répondit pas, elle l’appela un peu plus fort mais toujours aucune réponse. Inquiète la jeune fille flamba une allumette pour mieux voir et se dirigea en courant vers la zone de maintenance, elle put ainsi voir que le jeune garçon dormait, tranquillement allongé sur le sol. Pour quelqu’un qui avait peur, il n’avait pas dû rester inquiet longtemps. Émilie cassa les planches et les barreaux aussi petits qu’elle le put, puis flamba une dizaine d’allumettes avant de les jeter sur les morceaux de bois. Cela mit du temps à flamber, mais fonctionna, elle rajouta les planches qu’elle n’avait pas cassées par-dessus et profita de la chaleur des flammes.  Finalement, elle ne s’en sortait pas si mal, pensât-elle, même si elle savait que dès le lendemain, elle devrait fouiller d’autres bâtiments à la recherche de nourriture, de quoi se chauffer et peut-être même d’un autre endroit où loger. Elle finit par imiter le jeune garçon et s’allongea sur le sol, ce n’était pas confortable, mais elle était si fatiguée qu’elle finit par s’endormir sans problème.
    La lumière du jour et le bruit de la pluie finirent par la réveiller le lendemain matin, lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle remarqua que le garçonnet avait disparu. Inquiète, elle se leva et observa les alentours, elle le vit au loin, assis au bord du tunnel. Émilie s’approcha de lui et lui demanda :
    « Eh ça va ?
    -Oui… »
    Le garçon semblait découragé, Émilie décida de lui faire un peu la conversation afin de l’aider à retrouver le moral :
    « Tu as bien dormi ?
    -Bof… »
    De toute évidence, cela n’allait pas être évident, elle n’avait pas l’habitude de consoler les gens et ne savait pas trop comment agir. Elle eut alors une idée et lui proposa :
    « On va devoir trouver de la nourriture, je vais aller en chercher dans les rues près de la plage. Tu veux m’accompagner ? »
    Le garçon regarda Émilie comme si elle était devenue une autre personne, il demanda sceptique :
    « Mais ça ne risque pas d’être dangereux ? 
    -Il faudra bien que t’affrontes le danger tôt ou tard vu que tu m’accompagnes… »
    Émilie en voulait toujours à Daniel de s’être imposé, mais elle essaya de ne pas le montrer. Daniel répondit avec le sourire :
    « D’accord je veux bien venir avec toi !
    -Très bien mais pour notre sécurité, il faut obéir à quelques règles. La première, durant nos excursions, on ne parle pas, sauf si c’est réellement nécessaire où que l’on est sûr de ne pas être entendu. La seconde règle, c’est qu’il ne faut pas hésiter à se cacher au moindre danger et bien se cacher, on ne doit plus te voir du tout ! 
    -D’accord. Il y a une autre règle ?
    -Oui… il ne faut pas avoir peur. 
    -Promis ! »
    Le jeune garçon avait levé le pouce comme pour témoigner de sa sincérité à appliquer ces règles, le duo se dirigea alors vers les quelques bâtiments qui longeaient la plage sur la droite du tunnel. La plupart des bâtiments en bord de plage étaient des commerces, des brasseries, des glaciers et des restaurants, au milieu de cela se trouvait un centre de fitness. Émilie et Daniel entrèrent dans le premier restaurant, celui était orné d’une tête de requin sur sa façade arrière, la terrasse était vide, visiblement toutes les tables et les chaises avaient été mises à l’intérieur. Émilie eut simplement besoin de pousser un peu la porte pour que celle-ci cède. Heureusement, contrairement à la porte de la veille, celle-là ne tomba pas, la jeune fille indiqua à Daniel où fouiller et une brève liste des choses qui pouvaient se montrer utile. Elle laissa le jeune garçon fouiller la salle en lui indiquant d’être prudent, de ne pas faire de bruit et de l’appeler qu’en cas de besoin, avant de se diriger vers la cuisine du restaurant.  L’endroit était plus sombre que la salle, n’ayant qu’une petite fenêtre qui laissait passer la lumière, suffisamment pour se repérer par chance. La première chose qu’Émilie fut heureuse de trouver était un sac, que quelqu’un avait laissé dans son casier visiblement, voilà qui l’aiderait pour ses voyages de récupération. Malheureusement, en matière de nourriture, elle ne trouva pas grand-chose qui pouvait être mangé sans risque de tomber malade, elle mit juste l’un des grands couteaux dans son sac, se disant que cela pouvait toujours servir bien qu’il semblait abîmé. Émilie retourna dans la salle et demanda à Daniel s’il avait trouvé quelque chose d’intéressant, mais il n’avait pas eu plus de chance qu’elle. Ils se dirigèrent donc vers la brasserie d’à côté, celle-ci n’avait pas de nourriture à offrir non plus, le second restaurant fut tout aussi vide et les bâtiments qui suivirent aussi. À la fin de cette grosse matinée, ils n’avaient rien trouvé à manger et étaient affamés, Émilie réfléchit à une solution, mais n’eut aucune idée de comment se procurer de la nourriture rapidement. A moins de cultiver ou de chasser, ils ne risquaient pas de trouver de la nourriture qui ne serait pas périmée, et savoir cela n’aidait pas Émilie, bien au contraire, cela la découragea. C’est alors qu’elle vit une mouette se poser non loin d’eux sur le sable, Émilie arrêta Daniel dans sa marche, c’était une opportunité de manger. La jeune fille ramassa l’une des grosses pierres qui trainait à terre, elle savait qu’elle n’aurait qu’une chance et se concentra, d’un geste vif, elle lança la pierre. L’oiseau fut touché et s’envola, Émilie avait commencé à remarcher, déçue, avant de s’apercevoir que l’oiseau retomba, il n’arrivait plus à voler. Satisfaite, elle sortit son poignard et fonça vers la mouette qui courait en zigzag tout en hurlant, arrivée à sa hauteur, elle tenta de lui enfoncer le poignard dans le ventre. Elle se prit plusieurs coups de bec dans le bras, mais parvint à tuer l’animal, ce n’était pas glorieux, mais au moins, ils avaient de quoi manger.
    Émilie retourna près de Daniel, elle avait mis l’oiseau mort dans son sac et expliqua au jeune garçon :
    « Bon, c’est pas génial de faire ça, mais au moins, on aura de quoi manger, avec le bois que j’ai récupéré, on devrait pouvoir la cuire facilement.
    - On ne va pas tout manger quand même ? »
    Le jeune garçon semblait horrifié à l’idée de manger l’animal, Émilie le rassura :
    « Non, ne t’en fais pas, comme pour un poulet, on mangera les meilleurs morceaux, je m’occuperai de le préparer. »
    De retour dans l’égout, Émilie se chargea de retirer les plumes de l’animal, elle découpa le ventre en deux gros morceaux de viande et alla enterrer le reste de la carcasse dans le sable. Elle alla rapidement nettoyer la viande dans la mer, ce n’était pas la meilleure manière de le faire, mais c’est tout ce qu’elle avait. Puis elle planta les deux morceaux sur le couteau de cuisine qu’elle avait récupéré avant de maintenir celui-ci au-dessus du feu que Daniel avait allumé à sa demande. Il avait également rapporté deux assiettes prises dans le restaurant au requin, ainsi que des couverts. Émilie déposa les deux morceaux sur les assiettes lorsqu’elle les jugea suffisamment grillés, l’odeur que dégageait la viande n’annonçait rien de bien extraordinaire. Le duo se souhaita bon appétit avant de manger la viande, en dehors de la texture caoutchouteuse et du goût fort salé, Émilie jugea que ce n’était pas aussi horrible que ce qu’elle pensait. Elle finit même par apprécier la viande et mangea tout son morceau, Daniel en avait fait de même, ils avaient tous deux le ventre rempli, cela leur faisait du bien.
    Durant l’après-midi, Émilie décida de laisser Daniel seul à leur campement, elle avait décidé d’aller un peu en ville afin de découvrir les environs. Elle espérait trouver sur son chemin de quoi leur faire des lits, d’avoir de la lumière et de mieux chasser. Elle espérait également trouver une parcelle de terre à l’abri des regards dans laquelle elle pourrait, peut-être, essayer de planter des légumes, même si elle n’avait encore rien pour en planter. Ses premières fouilles se passèrent dans le petit immeuble juste en face du restaurant à la tête de requin, il semblait avoir une douzaine d’appartements, quatre par étage reparti à chaque coin du bâtiment. Les appartements étaient tous identiques, une cuisine ouverte sur le salon, une salle de bains, un placard et une chambre, tous disposaient également d’un balcon annexé au salon.  L’endroit semblait avoir été pillé et saccagé, les portes enfoncées, les meubles détruits et les vitres brisées étaient là pour affirmer le vandalisme qui avait eu lieu ici. Émilie ne trouva rien de bien intéressant, tout ce qui pouvait l’être avait déjà été pris. La jeune fille, qui se trouvait au dernier étage, alla sur l’un des balcons qui donnait une vue sur la ville. Elle resta quelques instants à observer les alentours bien qu’il n’y avait pas grand-chose à voir. À quelques rues plus loin se trouvait un immeuble plus haut, la jeune fille décida d’y aller afin d’avoir une meilleure vue des lieux qui l’entouraient. Elle redescendit dans la ruelle et avança en direction du bâtiment qu’elle avait observé. Elle était étonnée que personne d’autre ne se trouver par ici. Elle ne s’en plaignit pas, cela lui permettait d’avancer plus vite. À peine dix minutes plus tard, elle était au pied du grand bâtiment qui devait faire un peu plus d’une dizaine d’étages, elle passa par la ruelle qui longeait l’édifice et aperçut une porte. Elle dut l’enfoncer pour l’ouvrir, celle-ci étant restée verrouiller. Une fois à l’intérieur, elle chercha les escaliers, il y avait bien des ascenseurs, mais il y avait peu de chances qu’ils fonctionnent encore, de plus contrairement aux escaliers, ils ne montaient pas jusqu’au toit. Les couloirs étaient très sombres malgré leurs petites fenêtres, de plus une forte odeur désagréable se faisait sentir, comme un WC qui n’aurait pas été lavée depuis longtemps. Émilie finit par trouver les escaliers, ceux-ci étaient complètement plongés dans le noir, elle avança donc doucement tout en se tenant à la rambarde.
    Elle finit enfin par atteindre le haut après ce qui lui sembla comme une montée interminable, elle poussa la porte et arriva sur le toit comme elle l’avait supposé. Le soleil se couchait déjà, le temps semblait passer si vite, Émilie n’avait pas estimé le temps que lui avaient pris ses fouilles. Elle aperçut, posé au sol, un petit arc en plastique, visiblement un jouet abandonné par un enfant. L’arc était encore en bon état et sa ficelle semblait solide, Émilie décida de la prendre afin de voir si elle pouvait s’en servir pour quelque chose. Puis elle se dirigea vers le bord qui était entouré d’une barrière métallique peinte en noir, elle put ainsi observer les alentours de façon plus prononcée. La première chose qu’elle vit au loin était un supermarché, bien qu’elle se doutât qu’il eût déjà était fouillé, elle décida qu’aller y jeter un coup d’œil pouvait être utile. Elle aperçut également d’autres petits commerces parmi les immeubles, une boucherie, un marchand de primeurs, un fleuriste. L’autre endroit qu’elle désirait fouiller été un magasin de produits de pêche, vu qu’elle restait non loin de la mer, elle trouverait sûrement des choses utiles. Il n’y avait rien d’autre à voir, elle décida d’attendre le lendemain pour fouiller les endroits qu’elle avait repérés, elle redescendit donc les escaliers, plus rapidement que quand elle était montée. Elle retourna rapidement dans la ruelle puis se dirigea vers la mer. Au bout d’une trentaine de minutes de marche, elle arriva de nouveau sur la plage, cette dernière avait pris une magnifique couleur orangée avec le coucher de soleil, le panorama était digne d’une carte postale.  Pour autant, Émilie ne pouvait pas dire qu’elle était en vacances, désormais ses journées seraient composées de fouille et de chasse, c’est ce qu’elle avait voulu. Cela lui donna une certaine sensation de joie bien qu’elle ne pût l’expliquer.
    De retour dans le tunnel de l’égout, Daniel l’accueillit en demandant :
    « Alors qu’as-tu trouvé ? »
    Émilie sortit le petit arc en plastique qu’elle avait trouvé en expliquant :
    « Ce n’est pas grand-chose, mais je veux voir s’il peut nous aider à chasser, ça sera mieux que de lancer des cailloux. Par contre, j’ai repéré un magasin qui vend des produits de pêche, on n’aura qu’à aller, le fouiller, demain voir si on peut récupérer des choses intéressantes.
    -D’accord…
    -Bon, on n’a rien à manger pour ce soir, mais on va quand même faire un feu, je n’ai rien trouvé pour nous tenir chaud cette nuit donc… »
    Alors qu’elle s’apprêtait à démarrer le feu, elle aperçut que le jeune garçon souriait comme s’il avait quelque chose de drôle autour d’eux. Émilie lui demanda :
    « Pourquoi es-tu si content ?
    -Comme tu as été longue, j’ai été fouillé un peu les restaurants qui sont de l’autre côté de ceux qu’on a fouillés ce matin. T’en fais pas, j’ai été très prudent !
    -Je vois…Et tu as trouvé quelque chose ?
    -Oui ! »
    Le garçonnet montra avec fierté la nappe en tissu qu’il avait cachée dans un coin, il déclara :
    « Je me suis dit que ça pourrait nous servir de couverture !
    -Eh…Très bien ! Je te félicite »
    Tandis qu’elle tapa dans la main du garçonnet en signe de victoire, elle remarqua sur son bras une tache sombre, une tache rouge sombre.

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